1910, 1947-1949, 2010 : D’une Présence à une absence

montage4Il est difficile de penser la pensée philosophie africaine contemporaine dans son histoire, sans rencontrer la personne d’Alioune Diop. Né en 1910 et décédé en 1980. Il est surtout connu pour avoir fondé en 1947 la revue Présence Africaine, ceci dans la mouvance de la revue L’Etudiant noir créée 13 ans plus tôt avec le concours de Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas et d’Aimé Césaire. Alioune. L’année 2010 ayant marqué le centenaire de sa naissance, un projet de commémoration est en cours d’élaboration (http://www.aliounediop.org/) en vue de rendre hommage à celui qui a donné une réelle visibilité aux intellectuels Africains.

Contrairement à la vocation de « L’Etudiant Noir », qui était d’abord l’organe d’expression du monde noir tout court, la revue Présence Africaine, voudrait comme l’indique son premier numéro, un espace d’expression typiquement africain et le but est de « définir l’originalité africaine et de hâter son insertion dans le monde moderne ». C’est donc dire que « nous autres, Africains, nous avons besoin de prendre goût à l’élaboration des idées, à l’évolution des techniques » en vue d’espérer entrer un jour dans la longue marche vers le progrès.

Sous l’impulsion de Présence Africaine, la pensée noire connaît un véritable sursaut dans tous les domaines, en partant de la parution de La philosophie bantoue qui lance les Editions Présence Africaine en 1949, à la faveur de la Négritude, à travers les arts, la littérature, la poésie etc… Un réel plaidoyer pour la culture africaine, même si les critiques n’ont pas tardé à venir. Du point de vue strictement philosophique, ceux qui ont pensé le donné culturel africain comme proximité philosophante ne se sont précisément pas désignés comme « ethnophilosophes ». Les critiques de Crahay, Towa, Eboussi ou encore les sympathies d’Alioune Diop, Kagame, Juléat Fouda, sont bien le manifeste d’une réalité problématique en elle même mais problématisante pour ce qui est de l’urgence philosophique en marche. Ce qui pourrait être tout aussi intéressant ici, c’est de conserver (au sens de Jakobson) la distinction entre similarité et contiguïté: l’un axe paradigmatique caractérisé par la similitude, et l’autre axe syntagmatique rappelant une inclusion. L’ethnophilosophie a certes posé problème et même des problèmes. A-t-elle posé le problème de l’homo Africanus dans sa radicalité ? Son rapport à soi, au monde et aux modes d’approches du réel ? Questions remises au goût du jour aujourd’hui, avec la décision par Présence Africaine de rééditer La philosophie bantoue de Placide Temples.

De la « Présence » africaine, est né un réel souci de manifester les différentes expressions de la créativité africaine. Le courant qui surgira par la suite, inaugure cette « absence » qui a fini par résulter du souci des distinctions des différents ordres du savoir et la mesure de ce qui deviendra véritablement « philosophique ».

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