Afrocentricité

Pour une Afrique authentiquement africaine     

Le concept d’afrocentricity, traduit parafrocentrisme et tendant à se dire par afrocentricité, a été forgé par l’Africain-Américain Molefi Kete Asante dans les années 1980 pour pouvoir aider l’Africain-Américain à survivre aux Etats-Unis (Afrocentricity , 1980) C’est au fond une historiographie qui se veut idéologie, révolution, philosophie, spiritualité et voie de vie propre aux Africains-Américains. Selon Asante, bien que : « plongeant ses origines dans les écrits de savants américains africains, l’école afrocentriste est aujourd’hui rejointe par des savants jamaïcains, brésiliens, chinois, japonais, allemands, britanniques, turcs, haïtiens, nigériens, sénégalais, sud-africains et néerlandais. Tous ces savants écrivent un chapitre important des relations humaines à venir, car ils comprennent la nécessité du pluralisme sans hiérarchie, qui est l’un des principes cardinaux de l’afrocentrisme, qui consiste à considérer et à comprendre les Africains comme des agents, et non comme une périphérie de l’Europe ». (« L’Américain africain en tant qu’Africain », in Diogène, N° 184, 1988).

Afrocentrisme veut mettre l’Afrique au centre ou au cœur du monde de l’Africain-Américain pour empêcher à ce dernier d’être isolé, et sans attache à une terre spirituelle ou à une histoire.[1] Il offre à l’Africain-Américain le sens d’un but vrai ou d’une vraie destinée fondée sur les faits de l’histoire et de l’expérience.

       Le lieu de l’Egypte antique

L’Afrocentrisme veut relier l’Egypte à l’Afrique et l’Afrique contemporaine aux civilisations africaines antiques ou classiques, dans le but de donner le sens d’un temps long et d’une histoire (héritage) à l’Africain-Américain, dans la droite ligne de l’historiographie proposée par Cheikh Anta Diop. Dans ce contexte, il est affirmé une identité immuable de l’Africain, ce qui conduirait à l’affirmation d’une « unité culturelle de l’Afrique noire ». Des propos de Cheikh Anta Diop : « J’ai essayé de partir des conditions matérielles, pour expliquer tous les traits culturels communs aux Africains, depuis la vie domestique jusqu’à celle de la nation en passant par la superstructure idéologique, les succès et régressions techniques ». Dans son souci de donner une lecture identitaire de l’Afrique, il va caractériser le continent par une série d’éléments : la famille matriarcale ; le système politique territorial (par opposition à la cité occidentale) ; l’émancipation de la femme dans la vie domestique ; la xénophilie ; une vision de cosmopolitisme ; le collectivisme social qui va de pair avec une sorte de quiétude par rapport au lendemain (une sorte d’autosuffisance) ; une solidarité matérielle dans laquelle l’individualisme et l’angoisse du quotidien n’ont pas de place. (Cheikh Anta Diop, 1982). Bien entendu que de telles affirmations ne sauraient faire l’unanimité, et même l’idée d’une identité commune à tous les Africains, ce qui fait par exemple dire à Eloi Messi Metogo qu’être Africain aujourd’hui, c’est prendre « conscience d’un devoir-être et la recherche des moyens de réaliser ce projet » (« Une identité immuable ? », in Etudes, mai 2000).

Toujours est-il que les recherches sur la pensée africaine égyptienne n’ont pas cessé de révéler de bien porteuses intuitions pour la pensée africaine dans son ensemble. Des notions comme la Renaissance africaine, le Panafricanisme, le kémitisme, la négritude au plan littéraire et artistique  y trouvent toutes leurs lettres de noblesse. C’est ce que continuent de rendre compte des penseurs comme Théophile Obenga, Ama Mazama, Grégoire Biyogo, Jean Philippe Omotunde, Ramsès Boa Thiémélé, Kémi Seba, etc…

L’Afrocentrisme se veut instance fondatrice d’une pensée victorieuse et non victimaire, engluée dans un certain dolorisme à fortes colorations de jérémiades. C’est pourquoi initiative prométhéenne et intrépidité à la Grande Royale, doivent constituer le credo de toute initiative afrocentrique.

[1] « It is necessary to place Africa at the center of our existential reality, else we will remain detached, isolated, and spiritually lonely people in societies which constantly bombard us with anti-Africa rhetoric and symbols, sometimes from Africans themselves who have been trained by the enemies of Africa”, Asante, Afrocentricity, X.

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