ANTIQUITÉ PHARAONIQUE

Selon Théophile Obenga, on peut distinguer quatre grands moments de la philosophie africaine écrite: l’époque pharaonique, l’époque patristique, l’époque musulmane et négro-musulmane et l’époque négro africaine contemporaine.
L’époque pharaonique est la longue phase qui se situe entre 2780 et 2260 avant notre ère. On y distingue ce qui est considéré comme la philosophie égyptienne. Au sujet de son « africanité », Cheikh Anta Diop a essayé d’élever l’idée d’une Égypte nègre au niveau d’un concept scientifique opératoire. A cette période pharaonique, nous pouvons aussi relier à la suite de Jean-Marie Van Parys, la période ptolémaïque et la période copte (392 après Jésus-Christ). Aujourd’hui, « tous les spécialistes ou presque reconnaissent sans hésiter une dimension africaine à la civilisation égyptienne, ou du moins jugent probable cette proximité (en attendant de la prouver effectivement). Ce n’est plus un fait en ballotage (…) la communauté scientifique bon gré mal gré, a modifié, depuis un demi-siècle, son discours sur l’Égypte, et ouvert des espaces béants où l’Egypte africaine a désormais droit de cité ».
Fançois-Xavier Fauvelle-Aymar, Jean-Pierre Chrétien et Claude-Hélène Perrot (Dir), Afrocentrismes. L’histoire des Africains entre Egypte et Amérique, Paris, Karthala, 2000, p.p. 31-32.

Généralités sur la sagesse égyptienne
Ptahhotep dit à son fils, « Ne sois pas orgueilleux de ton savoir, mais prends conseil de l’ignorant comme de l’homme cultivé car les limites de l’art ne peuvent être atteintes et il n’y a pas d’artiste qui ait complètement acquis sa maîtrise » Et il ajoutait : « Une bonne parole est plus cachée que la pierre verte mais elle peut être trouvée parmi les servantes aux meules »
Les enseignements, souvent identifiés à la sagesse, étaient un genre littéraire très prisé durant plus de deux millénaires et demi. Ce genre est clairement défini, puisqu’il possède sa propre désignation égyptienne : « sbayt ». Le but de ces compositions était de fournir des instructions sur les règles de vie : règles morales, règles de bonne conduite avec l’entourage, conseils pour la maîtrise de soi, conseils pour la réussite de sa carrière de fonctionnaire, parfois conseils pour la relation avec le monde des dieux. Ce sont toujours les membres de l’élite qui sont visés et à qui ces textes enseignent. Les enseignements véhiculent les valeurs fondamentales de cette société. C’est une des rares catégories de textes littéraires qui possède généralement un auteur : souvent un haut fonctionnaire (vizir) ou un prêtre nommé. Les sujets abordés dans les enseignements ont évolué d’une époque à l’autre, ce qui fait de ce genre une source importante pour observer les changements des valeurs de la société. Les enseignements plus tardifs sont composés par des hommes de rang social moins élevé. Ils accordent plus d’importance aux valeurs morales des hommes et au comportement envers les dieux, alors que les compositions plus anciennes sont davantage centrées sur le comportement social et la bonne conduite de la carrière. Durant les époques plus anciennes, la réussite sociale était considérée comme garante du bonheur. Durant les récentes époques, on considérait que la valeur d’un homme ne devait plus être mesurée par la société mais par les dieux. L’enseignement de Ptahhotep est une des œuvres les plus anciennes et les plus élaborées avec de nouvelles rééditions.
Petit ou grand, noble ou paysan, homme ou femme : on respecte celui ou celle à qui on adresse la parole. La conversation doit s’engager dans la paix, la dignité, l’amour, même si les points de vue sont différents, contradictoires, antagonistes.La vertu d’obéissance basée au préalable sur une bonne écoute était appelée sdm. On obéit mieux aux ordres lorsqu’on les écoute bien, avec cœur et intelligence. Le tout culminait vers le Bien, le Bon, le Beau, le Parfait : nfr. En société, savoir bien parler et user de sa langue avec prudence. (mdw nfr, mdw nfr)
Précisément, et c’est sa seconde dimension, terrestre celle-là, Maât est aussi l’expression sociale et juridique de l’ordre établi et le symbole de la justice et de l’équité. Dans les faits, c’est le rôle du Vizir, qui porte le titre de « Prophète de Maât », que de rendre la justice au nom de la déesse et donc de Pharaon qui l’incarne.

Le genre sebayit

L’enseignement à la sagesse utilisait un genre particulier, dénommé « sebayit ». Ce mot dérive du verbe « seba » qui signifie enseigner, instruire. La graphie hiéroglyphique du mot « sebayit » donne en elle -même le sens de ce mot.
On retrouve tout d’abord la graphie montrant un homme avec un bâton levé ; cette graphie est utilisée pour signifier une action où la force physique ou l’énergie est mise en jeu. De là on comprend la forme ascétique que prend le rôle de l’apprenti. Il nous semble que la sagesse ne s’apprend pas sans peine. Il faut un déploiement sérieux d’un peu d’énergie. La transmission de la sagesse en Égypte n’était pas chose aisée, vu qu’elle était destinée à l’élite, aux futurs dignitaires de Pharaon. L’instruit doit briller par sa sagesse, comme une étoile. Il se laisse inculquer des préceptes, au besoin par la contrainte. D’ailleurs, la graphie précitée viendra à désigner au Nouvel Empire, le châtiment (VERNUS Pascal, Sagesses de l’Egypte pharaonique, Imprimerie nationale, Paris 2001, p. 10).
On retrouve également le verbe seba dans la graphie du mot désignant la porte. En ce sens, on est en droit de dire que la sagesse est une porte ouverte sur le monde, sur les traditions des anciens. Les enseignements des anciens dans leur fonction didactique servaient aussi à la transmission des déontologies pour différents métiers. C’est le cas de l’Enseignement de Ptahhotep et du Satire des métiers de Khety. Même les Pharaons passaient souvent par le genre sebayit pour apprendre à leurs héritiers ce qui convient à un Pharaon pour le gouvernement (Tel est le cas des enseignements de Merykarê et de Hordjedef).
Les textes de sebayit mettent en scène généralement deux personnes : un enseignant et un enseigné. Si c’est toujours l’enseignant qui parle, l’enseigné est présent dans l’absence, car il est supposé être l’interlocuteur du maître. C’est à lui que s’adresse les prohibitions et sentences de l’enseignement.
Il est bon que le récepteur appartienne à une nouvelle génération et s’apprête à affronter un nouveau stade de sa vie. Dans « l’Enseignement de Ptahhotep », l’auteur joue le rôle du père qui s’adresse à un fils, celui-ci joue le rôle de l’élève et du public en général. L’enseigné ayant atteint l’âge de la compréhension, se laisse façonner par un homme d’âge mur, symbole d’expérience et de faveur divine.
Les sagesses en Egypte sont avant tout pratiques. Elles définissent les règles de comportement à travers des recommandations très précises et très concrètes. Elles servent de guide morale et éthique. Les vertus sociales cardinales, étaient enseignées à l’école de l’Egypte pharaonique : l’amour (des dieux et déesses, de soi, de la famille, des parents, des enfants, du pays, des dirigeants, de la nature, de l’univers), la vertu sociale (la paix des cœurs, la tranquillité des esprits, la sincérité et la concorde nationale, la confiance mutuelle). En bref, les sebayit servaient à la transmission de la Maât, haut concept pour dire « Vérité, Justice », dans toutes les couches sociales, de Pharaon au paysan, du scribe à l’ouvrier des pyramides ou des temples et tombeaux royaux.

Thèmes et développements
En tant principalement que sagesse, la pensée égyptienne propose essentiellement un certain nombre d’attitudes susceptibles de réguler le quotidien. C’est le cas des thèmes comme l’humilité, la maîtrise de soi, la justice, la sagesse, le gouvernement, l’écoute. Dans cette perspective par exemple, l’Enseignement de Ptahhotep met en scène un père qui veut enseigner à son fils les paroles des hommes du passé, pour qu’elles lui soient utiles dans l’accomplissement des tâches futures et présentes.
Selon Obenga, les principaux textes de cette période sont : les Textes des pyramides, l’Inscription de Shabaka, les Maximes de Kagemni et de Ptahhotep déjà mentionné plus haut.

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Commentaires

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    IBRAHIMA THIAM 1 année

    Je voudrais apporter une rectification au sujet du mot seba. En second occurrence vous dites qu’il signifie porte. Mais si vous vous rapportez au texte Le paysan Eloquent « seba » signifie portique et vous savez que portique se dit Stoa en grec, ce qui a donné Stoïcisme. Bien à vous.

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      Merci cher Ibrahima pour cette rectification que nous avons intégrée au texte. Et merci pour l’intérêt que vous portez avec nous à ce projet.
      Bien à vous.

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    Everaldo Lins de Santana 10 mois

    Texte c’est très bien! « sebayit », la sagesse égyptienne, c’est très important pour les temps aujourd’hui.

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