Davy Y. Dossou

PRÉFACE

Publiée avec l’aimable autorisation de l’auteur, Philosophie africaine: principaux courants et perspectives est une tentative de réponse à la question de la philosophie africaine telle qu’exprimée et articulée dans le contexte de la pensée africaine contemporaine. Pour toute commande: Pour toute commande: https://www.edilivre.com/philosophie-africaine-principaux-courants-et-perspectives-dossou-y-davy.html#.WAY0zOjhCUk

Date de publication : 20 mars 2015; 284 pages; ISBN : 9782332842336

dossouUn prélat africain, Mgr Christophe Adimou, parvenu à l’âge où la sagesse faisait de lui une personne de référence, un homme dont la parole éclaire la route de l’existence humaine, ne se lassait pas d’introduire ses propos par ces mots hautement philosophiques : la parole n’est contemporaine de personne. Cela est vrai. Mais, comme telle, le propre de la parole est de se faire cependant contemporaine à nous.

La contemporanéité de la parole est l’expression de sa transcendance. La parole est, en effet, l’intelligence pénétrante et lumineuse des choses qui vient à nous dans le langage pour nous faire approcher la vérité, venir à elle, habiter son lieu et son temps. Les Dogons du Mali et plusieurs autres peuples africains désignent à ce sujet la vérité en termes de la parole humide. Ils signifient qu’elle se fait proche de nous comme l’eau de la terre. Proximité de fécondation qui révèle sa nature d’être in se, pour l’être humain, une source de vie, de sens et d’accomplissement.

Si l’écriture est l’une des figures les plus significatives que prend la parole dans son rapport au langage et à nous, sa forme la plus sublime s’exprime, de manière particulière, dans la Philosophie. A l’école des Egyptiens qui accordent une grande importance aux prêtres chargés de déchiffrer l’écriture sacrée pour faire connaître au Pharaon les paroles divines afin qu’ils soient de vrais guides du peuple, les Grecs considéraient, avec raison, les personnes qui vouaient leur vie à la Philosophie, comme les seuls capables de diriger la res publica.

Et si, de nos jours, le leadership n’est plus lié uniquement à la vocation du philosophe, ce n’est pas pour signifier que la parole, l’écriture ou la sagesse de celui-ci est vaine, mais plutôt qu’elle représente le bien suprême que toutes les catégories sociales doivent acquérir. Toutes sont concernées, en effet, par la gestion de la vie personnelle et collective.

Le mérite du jésuite Davy Dossou est de mettre à la portée des spécialistes, tout aussi bien que toute personne, une écriture philosophique dont la profondeur de pensée, la clarté des idées, la justesse des mots et leur expression simple et fluide, élèvent l’esprit. Ce qui donne à l’intelligence de cerner aisément les valeurs esthétiques et les actions que le sujet est appelé à promouvoir pour qu’en lui-même, dans les autres et dans la cité l’humanité soit construite. L’auteur de l’ouvrage Philosophie africaine : principaux courants et perspectives nous offre une recherche de grande qualité.

L’originalité de l’œuvre est d’offrir aux lecteurs et lectrices des études lumineuses sur la philosophie située en contexte africain et posée comme problème. L’enjeu du débat est donc  le devenir des personnes concrètes en quête de sens et d’efficience pour leur existence.

Davy Dossou montre que la « Philosophie africaine » exprime l’idée fondamentale selon laquelle la « Philosophie » ne signifie rien et ne peut être signifié de manière vague, neutre ou en termes de « on », car elle ne peut dans sa propre expression être contraire à sa nature profonde et à son objet véritable. La Philosophie africaine provient d’un sujet qui se dit dans une écriture dont la nature est de conduire à la vérité, à la parole de sens et d’effectuation de ce qui répond au problème de la réalisation historique d’un peuple et de l’humanité entière.

 Davy Dossou traite de ce sujet sans parti pris. Son exposé fait connaître les différentes données de l’analyse et les opinions les plus controversées en une démarche réflexive fascinante. On reste impressionné par la synthèse que l’auteur fait des différents courants de pensée de la Philosophie africaine. Il en présente les idées maîtresses et les traits caractéristiques sur un fond documentaire impressionnant par la qualité et la diversité des travaux en philosophie africaine, aussi bien dans sa littérature francophone qu’anglophone. Admirable recherche que l’on suit au pas de la rationalité philosophique, celle d’une pensée qui évolue en un mouvement constant d’interrogation et de critique qui font d’un problème étudié une nouvelle question (Jankélévitch).

Ainsi, le thème de la Philosophie africaine (chapitre 1) qui ouvre le débat, suscite la question de sa légitimité  (chapitre 2) qui à son tour soulève celle des lieux et des courants de pensée de sa pensée discursive (chapitres 3 et 4). Ce qui amène les lecteurs et lectrices à visiter les objectifs majeurs, la problématique et le contenu des recherches philosophiques élaborées dans le Sitz im leben africain.

Le génie de l’auteur est de ne pas arrêter le discours à l’écriture parvenue à sa page finale. Il rebondit en une reprise de la pensée pour inviter à questionner la Philosophie africaine sur sa pertinence par rapport au problème récurrent du devenir de l’existant aujourd’hui, en Afrique, ici et maintenant. Question du présent et de l’avenir d’une philosophie qui se reçoit du passé d’un héritage qu’il revient à de véritables philosophes de penser ! Ce sont ces maîtres de la contemporanéité de la parole, nous montre le jésuite béninois, à la fin de l’ouvrage, qui peuvent répondre au problème du développement, parce qu’ils sont les seuls capables « de bannir la logique du statu quo, du déjà-là, de l’immédiateté pour explorer de nouvelles voies pouvant favoriser l’émergence à tous les niveaux du continent » et du monde.

Nous en savons gré à l’auteur et souhaite à son ouvrage une large diffusion, une contemporanéité qui rejoigne spécialistes de la philosophie et leurs disciples, femmes et hommes de culture et d’action pour construire l’humanité en toute personne et toute cité dans l’humanité.

                                                                                                     Nathanaël Yaovi SOEDE

Professeur de philosophie morale et de théologie morale

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