Débats

       Identité et développement

Les thèmes classiques identifiés dans les recherches en philosophie africaine contemporaine sont principalement l’identité et le développement. L’une des questions qu’il est possible de se poser ici, est celle de savoir si ces questions ont (déjà) été épuisées. Plus que de savoir s’il est opportun de « passer à autre chose », le déplacement de la motivation en matière d’identité, qui a longtemps eu pour fondement la justification pour le penseur sur l’Afrique, du « certificat d’humanité » de l’Africain, annulerait-il le souci pour chaque homme de se définir et de se saisir comme être en devenir ? Est-ce alors oublier le fait humain de se saisir comme conscience historique marquée au plan narratif par la tension entre mêmeté et ipséité (Ricœur) ?

        Philosophie, philosophies ou philosopher en Afrique?       

       L’une des questions que se pose (à nouveau ?) la pensée philosophique africaine, est celle de sa dénomination. Faut-il parler de philosophie africaine ou des philosophies africaines ? Les approches de Souleymane Bachir Diagne et la lecture que fait Sévérine Kodjo-Grandvaux de la pensée africaine entre autres, conduisent vers une réponse par l’affirmative, celle qui légitimerait alors l’idée d’un « philosopher en Afrique ». D’autres interrogations peuvent s’en suivre, à savoir si la question de la multiplicité abolit la possibilité de l’unité au sein d’un même ensemble structurel. En outre, la diversité n’est-elle pas déjà inscrite dans le corpus philosophique dans son intimité la plus radicale, ce d’autant plus que l’être aux dires d’Aristote, se dirait de diverses manières ? Une autre lecture de la question conduirait à se demander si ce n’est pas (à nouveau) une quête pour la pensée conceptuelle africaine, de se spécifier dans une démarcation dénominative partant de son contenu pluriel, contrairement à ce qui pourrait s’observer dans la pensée dite continentale, anglo-saxonne ou orientale ? Devrait-elle pour autant de nommer au singulier ? Voilà des questions que se posent d’autres, et qui font précisément débat.

       La question culturelle

       La querelle entre les tenants d’une philosophie africaine culturelle et ceux d’une philosophie africaine « sérieuse », donc académique et instrument heuristique ne cesse de se poser. Les tendances vont de nuances en nuances, de catégorisations en catégorisations. La question demeure donc : Une philosophie africaine à partir des éléments de discursivité (Kinyongo) est-elle crédible ? Certains critiques de première heure comme Eboussi, ont recommandé de relire autrement Tempels, en le resituant dans son contexte. Présence africaine a décidé de rééditer La philosophie bantoue en 2013. La même année, Basile Juléat Fouda, épigone de Tempels de la première heure, publie sa thèse défendue en 1967, sous le titre La philosophie négro-africaine de l’existence. Herméneutique des traditions orales africaines.

 

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Commentaires

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    Anabase 6 mois

    Je suis un peu étonné : utiliser l’expression de « philosophie africaine » ne revient-il pas à parler de « cercle carré » ? La philosophie n’importe-t-elle pas à tous les hommes ? Ne dépasse-t-elle pas tous les régionalismes ? N’est-ce pas, en un mot, l’universel qu’elle vise et qui la définit ?

    Cordialement,

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      Bonjour à vous,
      La philosophie il me semble n’est pas un universel, mais un particulier appelé à s’universaliser. Et l’universel lui-même est-ce nécessairement l’accord des esprits ou l’accord des idées? Ce qui est universel a, il semble, davantage à voir dans sa cohérence avec lui-même plus que dans la recherche d’une reconnaissance ou d’un accord avec un tiers. Parler de « cercle-carré » n’exclu pas d’avoir un cercle dans un carré ou un carré dans un cercle. La philosophie qui dépasse les régionalisme certes, mais n’oublions pas comme le soulignait déjà Karl Marx que les philosophes ne poussent pas de terre comme des champignons, ils sont d’abord fils et filles d’un temps et d’un espace, qui sont des « marqueurs » nécessaires à leur ouverture au sens. Ce qui, il me semble, est à universaliser, c’est sans doute la méthode et les principes généraux de la philosophie, plus que les questions, les problématiques et les essais de réponses. La philosophie américaine qui se réclame anglo-saxonne et à dominance analytique se revendique une distinction de l’approche continentale de l’Europe, qui se détermine davantage par son orientation métaphysique et phénoménologique. N’est-ce pas là une manière de faire différente de la philosophie, mais qui ne fait cependant pas de désaccord sur le fond, même si les accents et les inflexions ne sont là en réalité que pour marquer la spécificité de l’être pensant plus que sur le contenu de sa pensée.

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