L’interculturalité : un paradigme pour la philosophie africaine ?

Sandrine Rebecca Kongoue (Abidjan, Côte d’Ivoire)

112313309_o

Concept d’actualité de ces deux dernières décennies, l’interculturalité évoque le rapport des cultures entres elles. Son étude prolifique dans les milieux anthropologique, éducatif et des sciences humaines démontre, hormis l’importance qui lui est due, la complexité dans son approche ; tant dans les études de terrain que dans les recherches intellectuelles. La floraison de préfixe rattaché à la notion de culture n’est pas faite pour atténuer la définition du concept. De sorte que, d’une manière générale, l’interculturel dans son utilisation comme substantif et comme adjectif est confondu d’avec l’interculturalité.

En effet, l’interculturalité se fait processus, mouvement des cultures vers d’autres cultures. C’est ce mouvement qui permet l’acceptation et la compagnie d’autrui. A la différence de l’interculturel qui pose la culture comme immuable, donc figée. « Défini comme « instrument de gestion de l’altérité », l’interculturel ne peut apporter de réponses satisfaisantes aux problèmes de cohabitation entre altérités, puisque l’une de ses prémisses est justement le fait que les cultures existent en soi, et que les différences dites culturelles sont sources de problèmes d’ordre social ». (Anne Lavanchy, Anahy Gajardo, Fred Dervin (dir), Anthropologies de l’interculturalité, Paris, L’harmattan, 2011, p. 27). En clair, poser les cultures comme mobiles permet la coexistence de celles-ci et fait de l’interculturalité un conduit vers une égalité des cultures, vers l’admission de la diversité culturelle.

Récemment étudiée en philosophie, l’interculturalité se veut une approche réflexive du mouvement de soi à l’autre dans un dialogue des cultures. Que faut-il entendre par un tel mouvement ?    Et que revêt l’idée de diversité culturelle ? L’allégation d’une philosophie universelle doit avoir pour caractéristique intrinsèque, « l’exigence de la pensée » (Fabien Eboussi Boulaga, la crise du Muntu, authenticité africaine et philosophie, Paris, Présence africaine, 1977). Elle nous ordonne une rigueur maximaliste au-delà des dissensions historiques et intellectuelles. L’individu appelé à joindre sa symphonie dans le concert de la culturalité, est préalablement, consciemment ou non, avertit de son apport à l’universalité. Toute pensée universaliste est pensée de soi, pour soi et pour l’autre comme le suggère si bien la « dialectique de l’authenticité » de Fabien Eboussi (Fabien Eboussi Boulaga, la crise du Muntu, authenticité africaine et philosophie, p. 218). L’interculturalité se veut donc cheminement philosophique vers l’universalité.

En effet, La réflexion sur l’interculturalité amène à une « dialectique de l’authenticité »  culturelle, sur la base de l’histoire de la philosophie africaine d’une part. D’autre part, conduit à une agréable eucharistie des cultures. Néanmoins, l’ouverture de soi à l’autre dénote d’un processus qu’on pourrait qualifier de processionnel. Et celle-ci présuppose une connaissance de soi, avant même qu’elle ne mène à la reconnaissance et à l’acceptation de l’autre.

En plus de la mobilité culturelle qui fait l’interculturalité, la différence culturelle est à reconnaître comme une propriété de celle-ci et inhérente à l’autre, à autrui. Car, l’interconnexion culturelle n’a l’hégémonie ni pour moyen ni pour fin.

De ce fait, grosso modo, l’enjeu de l’interculturalité pour elle-même et par ricochet pour la philosophie africaine, réside dans l’assimilation du concept d’égalité. La diversité culturelle qui prévaut dans l’idée d’interculturalité  se conçoit, certes culturellement mais aussi scientifiquement et intellectuellement. Elle induit ainsi une communion en lieu et place d’une domination.

Sandrine Rebecca Kongoue (Abidjan, Côte d’Ivoire)

Commentaires

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0
Translate »