Peau noire, masque blanc ? A quoi renverrait l’identité africaine ?

Tenedja Soro (Abidjan, Côte d’Ivoire)

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Identité vient du latin, identitas qui veut dire idem, « le même ». L’identité pourrait se comprendre comme ce qui caractérise, ce qui spécifie une chose, une personne, un peuple. Ce qui fait que ce peuple n’est pas un autre peuple mais lui-même ; ce qui est l’âme même d’un peuple. En un mot, son être. C’est cela que le philosophe Dibi Kouadio Augustin qualifie d’espace secret qui lie un peuple « à lui-même et par lequel il se lie à autrui, aux choses et au monde ». En effet, c’est en quelque sorte la façon de ce peuple d’être en relation avec les choses, avec le monde. Parlant de cette relation avec le monde, nous remarquons qu’être Africain, en ce siècle c’est souffrir ; refuser de l’être c’est se renier. Ceci n’est pas un simple jeu de mot mais une tentative de remise en question de l’être africain dans le monde. La question est de savoir comment peut-on être Africain sans se renier ? (Samba Diakité : 2014). Nul n’ignore que les réponses sont nombreuses, les opinions sont diverses et  contradictoires mais l’enjeu restera toujours le même : le développement de l’Afrique. Car tout se passe, dans le monde actuel, comme si l’Afrique le « berceau de l’humanité » en était restée au « berceau ».

En effet, au lendemain des indépendances et aujourd’hui à l’ère de la mondialisation, l’Afrique semble se retrouver dans un vase clos, détachée du monde dans une confusion et un désordre total, sous-tendus par un système répétitif d’une gestion opaque du trésor commun. L’apparition des idées nouvelles, ne resteront que nouvelles comme la rosée qui se perd dans la terre quand le soleil brille, ces idées se perdront dans l’océan des intérêts  de ceux qui veulent faire le bonheur de l’Afrique sans l’Afrique elle-même, aux dépens de l’Afrique même. Prophétie ou profession de foi ? Une chose est évidente, à l’heure des bilans, nous avons perdu notre innocence.

Il est donc impératif d’inventer une Afrique nouvelle, pas en déterrant l’africanisme mais il faudrait tenir compte des contacts entre individus et entre peuples, les emprunts, les découvertes qui peuvent transformer une société. Ainsi, l’Afrique doit trouver un équilibre qui permet de promouvoir positivement l’originalité et l’authenticité des individus et des cultures tout en reconnaissant le droit des autres à la même originalité sans affaiblir ou tuer les identités.

Aujourd’hui, l’homme africain a l’impératif devoir à lutter contre une identité fermée comme un obscur et invisible fardeau. Mais, ce fardeau s’il n’est pas capable de s’en débarrasser, il peut toutefois, le nier. On ne peut vivre sans oublier, ni abandonner une partie de soi-même. Si l’oubli ici est vu comme un mal, il doit être vu comme un mal nécessaire et indispensable. De ce fait, il n’est pas perte de mémoire ou de soi, mais une prise de conscience de son destin.  Le devoir de mémoire implique le devoir d’Unité et l’unité fait la grandeur des peuples et permet de faire des pas vers le  développement  Pour l’Afrique, elle ne doit pas seulement être un fait et un mot, elle doit devenir une exigence, une nécessité implacable.

L’identité africaine reste bien une réalité insaisissable. Toujours est-il qu’elle demeure au carrefour de diverses influences. Un tel état de chose devrait-il faire d’elle une chimère ? Si très vite l’identité s’est affirmée comme une question centrale de la philosophie africaine, il faut toutefois relever qu’elle porte en elle des pièges qui, malgré son complément d’intérêt dans le développement, ne manque pas d’en faire un souci et un préalable dans la quête du sens dans un monde si marqué comme celui de l’Afrique.

Tenedja Soro (Abidjan, Côte d’Ivoire)

 

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