Philosophie

Identité philosophique et philosophie identitaire ?

Le thème de l’identité est resté central dans la philosophie africaine contemporaine. Il part des thèses européocentristes sur l’humanité du Noir et la centralité grecque de la philosophie dans son élaboration originaire comme dans son déploiement historique. Le « miracle grec » dont il a longtemps été question, a conduit à la négation de la négation, entrainant une affirmation et de l’humanité et de l’aptitude de l’Africain à philosopher.

Le concept « identité » vient du latin, identitas qui veut dire idem, le même. L’identité pourrait se comprendre comme ce qui caractérise, ce qui spécifie une chose, une personne, un peuple. Ce qui fait que ce peuple n’est pas un autre peuple mais lui-même ; ce qui est l’âme même d’un peuple. En un mot, son être. C’est cela que le philosophe Dibi Kouadio Augustin qualifie d’espace secret qui lie un peuple « à lui-même et par lequel il se lie à autrui, aux choses et au monde ». En effet, c’est en quelque sorte la façon de ce peuple d’être en relation avec les choses, le monde. Parlant de cette relation, nous remarquons qu’être Africain, en ce siècle c’est souffrir ; refuser de l’être c’est se renier. Ceci n’est pas un simple jeu de mot mais une tentative de remise en question de l’être africain dans le monde. La question peut alors devenir celle de savoir comment peut-on être Africain sans se renier ? (Samba Diakité : 2014). Nul n’ignore que les réponses sont nombreuses, les opinions sont diverses et  contradictoires même, mais l’enjeu restera le même : le développement de l’Afrique. Car tout se passe, dans le monde actuel, comme si l’Afrique le « berceau de l’humanité » en était restée au « berceau ». C’est donc à juste titre qu’identité et développement de par leur indéfectible union, sont les thèmes majeurs de la philosophie africaine contemporaine naissante.

En effet, au lendemain des indépendances et aujourd’hui à l’ère de la mondialisation, l’Afrique semble se retrouver dans un vase clos, détachée du monde dans une confusion et un désordre total, sous-tendus par un système répétitif d’une gestion opaque du trésor commun. L’apparition des idées nouvelles, ne resteront que nouvelles comme la rosée qui se perd dans la terre quand le soleil brille.Ces idées se perdront dans l’océan des intérêts  de ceux qui veulent faire le bonheur de l’Afrique sans l’Afrique elle-même, aux dépens de l’Afrique même. Prophétie ou profession de foi ? Une chose est évidente, à l’heure des bilans, nous avons perdu notre innocence…

Il est donc impératif d’inventer une Afrique nouvelle, pas en déterrant l’africanisme mais il faudrait tenir compte des contacts entre individus et entre peuples, les emprunts, les découvertes qui peuvent transformer une société. Ainsi, l’Afrique doit trouver un équilibre qui permet de promouvoir positivement l’originalité et l’authenticité des individus et des cultures tout en reconnaissant le droit des autres à la même originalité sans affaiblir ou tuer les identités.

Aujourd’hui, l’homme africain a l’impératif devoir de lutter contre une identité fermée comme un obscur et invisible fardeau. Mais, ce fardeau s’il n’est pas capable de s’en débarrasser, il peut toutefois, le nier. On ne peut vivre sans oublier, ni abandonner une partie de soi-même. Si l’oubli ici est vu comme un mal, il doit être vu comme un mal nécessaire et indispensable. De ce fait, il n’est pas perte de mémoire ou de soi, mais une prise de conscience de son destin.  Le devoir de mémoire implique le devoir d’Unité et l’unité fait la grandeur des peuples et permet de faire des pas vers le  développement. Pour l’Afrique, elle ne doit pas seulement être un fait et un mot, elle doit devenir une exigence, une nécessité implacable. C’est là aussi le chemin d’une identité assumée et mise au défi du soi vers un autre, mais un autre qui ne cessera pas d’être soi.

Soro Tenedja, Abidjan

 

Le développement en question : le cas Nkrumah face à l’idée d’une unité africaine

Si l’on demandait à tout citoyen africain de notre époque le besoin urgent du continent, les premiers reflexes témoigneront de la paix ou du développement. Mais la pertinence d’une telle réponse pousse à chercher les moyens mis en œuvre par les Africains eux-mêmes sur le continent, en vue d’une telle réalisation. En effet, il est certes vrai que chacun dans son effort quotidien pose des actes pouvant favoriser un esprit du bien-être collectif. Cet effort individuel se lis à travers les réalisations étatiques, mais qui au finish, perdent de leur sens d’être. Une seule réalité qui fait peur sur tout le continent est l’absence de ce courage de porter à l’unisson tous les efforts particuliers. L’unité de toute l’Afrique ne serait-t-elle pas la grande nécessité de notre siècle pour une Afrique meilleure et sans tension tel que nous le voyons? Oui, et pourtant Nkrumah avait tout pressenti et tout dit… « Africa must united » Qui était cet homme, Kwame Nkrumah? Qui est-il pour nous aujourd’hui? Quel message a-t-il pour cette génération si désunie et si divisée par les forces externes?

Kwame Nkrumah, ancien président du Ghana, fut l’un des Pères du panafricanisme. Unique fils de ses parents, Nkrumah naît en 1906 à Nkroful, un village situé au sud-ouest du Ghana actuel. Intellectuel africain et philosophe du XXème siècle de tendance idéologique (ou pratique) qui prône la libération de l’Afrique par les voies politiques et économiques, il a su mettre cette connaissance au service du continent africain en général et de son peuple en particulier. Il est pour nous aujourd’hui, celui qui a pressenti la nécessité radicale d’une Afrique solidement unie, pouvant faire front aux envahisseurs coloniaux et, en a fait une préoccupation au centre de sa pensée. 27 Avril 1972 – 27 Avril 2016. Voilà quarante et quatre an que l’Osagyéfo Nkrumah s’en est allé. Décédé à Bucarest, dans la capitale roumaine, d’un cancer de l’estomac. Mais ce décès n’est qu’une nouvelle vie de cet homme, vu la lourde tâche prophétique qu’il a laissée à ses Pairs et qui continue de raisonner dans la pensée de certains panafricanistes dynamiques. Quel est son message pour notre société actuelle?

En retenant de Nkrumah cette vision d’antan, si négligée, celle des Etats-Unis d’Afrique; le continent africain est en face d’un grand défi qui ne cache pas son nom. Nkrumah attend de voir sa résurrection grâce à la réalisation immédiate de ce projet d’unité continentale marquée par son panafricanisme, empreinte de sa doctrine de « nkrumahisme », dont il en est l’instigateur. Caractérisée par un marxisme non orthodoxe associé au concept traditionnel africain de collectivisme solidaire, cette doctrine vise la renaissance des valeurs richement humanitaires et égalitaires de l’Afrique traditionnelle dans une atmosphère de modernité ambulante. Toutefois, la réalisation parfaite de ce projet d’unité continentale reste et demeure la condition sine qua non du développement de l’Afrique. Eu égard au spectacle offert par la ténacité et la permanence de la balkanisation, du marionnettisme, du terrorisme et des conflits, ou encore de corruption de tout ordre, il est fort bien de le dire que le temps est venu pour que chacun se lance dans la course ambiante d’une unification forte de l’Afrique, celle que d’autres ont commencé. Les grands athlètes dont a besoin vivement cette course sont les dirigeants dudit continent. Leur volonté kidnappée par les forces occidentales mais aussi les intérêts particuliers peut se délivrer; mais elle attend leur vouloir agissant pour l’être entièrement.

Derrière le besoin urgent de développement qui appelle chacune des filles et chacun des fils du continent. Au développement infrastructurel, il y a le défi du développement humain, et tout ceci ne peut se faire que dans un contexte bien déterminé. L’histoire de l’Afrique depuis les indépendances révèle la nécessité d’une Afrique solidement unifiée dans notre ère marquée de part et d’autre par le terrorisme planifié à « haute échelle » par les pays du Nord, engagés pour entraver le décollage effectif de notre cher continent vers sa prospérité. « Africains, bâtissons les Etats-Unis d’Afrique »!

Têvi LAWSON (Abidjan, Côte d’Ivoire)

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