Qui sont les philosophes africains?

philosophesNotre espace de recensement et de présentation des penseurs africains est en cours de mise en forme. Nous voulons par là, présenter ce qui se fait comme recherche sur le continent en matière de philosophie africaine non seulement, mais aussi dans les sciences connexes qui aident à mieux cerner la réalité africaine vue d’un point de vue philosophique. Il sera donc possible de rencontrer des biographies de non-africains, des biographies de personnes qui ne sont pas philosophes au sens strict du terme, mais dont les recherches contribuent à articuler un type de savoir qui se veut philosophique.

Antoine-Guillaume AMO (vers 1703 – après 1753) :

A-G. Amo est né vers 1703 à Axim, une vieille ville africaine du golfe de Guinée au sud-ouest de l’actuel Ghana. L’historiographie ne sait pas nous dire comment il est arrivé en Europe. L’on sait qu’il sera baptisé le 29 juillet 1708 à Brunswich-Wolffenbüttel dans l’Eglise luthérienne.

1734 : défense d’une thèse de philosophie à l’université de Halle et à Wittenberg : De Humana mentis apatheia (De l’impassibilité de l’esprit humain), sous la direction de Martin Löscher.

1738 : publication d’un ouvrage de logique et de psychologie de la connaissance sous le titre : Tractatus de arte sobrie et accurate philosophandi (De l’art de philosopher avec sobriété et précision).

1729 : soutenance d’une thèse en droit, intitulée Dissertatio Inauguralies de iure Maurorum in Europa (Des droits des Africains en Europe). Le texte de la thèse est perdu, mais les Annales de l’université de Halle, à la date du 28 novembre 1729, conservent un résumé de cette dernière.

1753 : Amo est de nouveau sur sa terre natale à Axim. Là, il vit en ermite et acquiert une réputation de devin. Nous ne savons rien de la date et du lieu de sa mort.

Kwasi Wiredu

Né au Ghana en 1931. Etudiant de philosophie à Oxford, il a défendu une thèse de doctorat portant sur les rapports entre connaissance, vérité et raison, sous la direction de Gilbert Ryle, et après avoir eu Peter Strawson comme tuteur de Collège et Stuart Hampshire comme tuteur spécial.

Il a publié entre autres

  • Philosophie et une culture africaine, Cambridge: Cambridge University Press, 1980.
  • Universaux culturels et précisions: une perspective africaine, Bloomington: Indiana University Press, 1996.
  • En co-édition avec Kwame Gyekye, Personne et communautaire: études philosophiques ghanéens, Conseil pour la recherche sur les valeurs et la philosophie, 1992.
  • A Companion to philosophie africaine, Oxford: Blackwell, 2003.

Fabien Eboussi Boulaga :

Il est né en 17/1/1934 au Cameroun Entré dans la compagnie de Jésus 31/12/1955. a été ordonné prêtre 28/05/1967Docteur en philosophie, il a enseigné plusieurs années à l’Université d’Abidjan, à l’Institut de Philosophie Saint Pierre Canisius ; il est aujourd’hui professeur de philosophie à l’Université Catholique d’Afrique centrale à Yaoundé. Il a une phrase céèbre par laquelle il fustige toute l’entreprise de l’ethnophilosophie de Tempels : « La philosopphie Bantoue  de Tempels fait du ntu «  le Mr Jourdain de la philosophie » ! Muntu est en crise ! « Ce qui est en crise chez Ebousssi et chez le ntu, c’est la déchirirure, c’est le problème du choix entre les valeurs occidentales et africaines ».

Il a publié :

  • « Le Bantou problématique », in Présence Africaine, n° 66, 1968.
  • La crise du Muntu. Authenticité africaine et philosophie, Paris, Présence Africaine, 1977.
  • Christianisme sans fétiche. Révélation et domination, Paris, Présence Africaine, 1981.
  • A Contretemps. L’enjeu de Dieu en Afrique, Paris, Karthala, 1991
  • Les Conférences nationales en Afrique. Une affaire à suivre.
  • L’affaire de la philosophie africaine. Au-delà des querelles (2012).
  • Il est responsable de la revue et de la maison d’édition

Alexis Kagame (1912-1981)

Prêtre rwandais, Alexis Kagame est présenté comme le plus immédiat réceptif de Tempels.

Ses recherches portent essentiellement sur l’étude de l’être à partir de la langue rwandaise, le kinyarwanda. Il se proposera en partant de la scolastique, d’établir les catégories de l’être à partir du langage, il lie le sort de l’être à celui du langage, pour établir  les catégories africaines de penser en rapport au kinyarwanda. En 1955, il défend sa thèse à l’Université Pontificale Grégorienne à Rome, sous le titre « La philosophie bantu-rwandaise de l’être ».

Principaux écrits : La philosophie bantu-rwandaise de l’être (Bruxelles : Académie Royale, 1956) ; La philosophie bantu comparée (Paris : Présence Africaine, 1976). Sa grande spécificité est de mettre déjà l’accent sur l’importance de la linguistique dans les recherches en philosophie africaine. S’autre part, Kagame insiste sur les questions de méthodologie, ce qui sera justement pour lui le dépassement de l’approche tempelsienne.

Paulin Joachim Hountondji (né en 1942)

Béninois, Paulin J. Hountondji a marqué les belles heures de la philosophie africaine contemporaine naissante. Souvent classé dans la catégorie des penseurs de la « tendance critique », il affirme une philosophie africaine, mais qui devrait se faire effective par son caractère « sérieux » et « rigoureux ».

La fécondité intellectuelle et le militantisme de Hountondji l’ont conduit à assumer de grandes responsabilités administratives.

Publications :

  • Paulin J. Hountondji, Sur la « philosophie africaine » (1976: Paris, Maspéro) — featured on the list of Africa’s 100 Best Books of the 20th Century ; published in English (transl. H. Evans & J. Rée) as African Philosophy: Myth and Reality (1983: Bloomington, Indiana; Indiana University Press); second edition of the English version (with a preface by Hountondji), 1997.
  • Hountondji J. Paulin, 1988 : « l’appropriation collective du savoir : tâches nouvelles pour une politique scientifique », Genève-Afrique, Vol XXVI, 1988, 1. (pages 46 à 66).
  • Paulin J. Hountondji: « What can philosophy do? » (1987: Quest 1:2, p. 2–28)
  • Paulin J. Hountondji: « Tradition, Hindrance, or Inspiration? » (2000: Quest XIV:1–2)
  • Hountondji, Paulin J. (éditeur), 1994 : Les Savoirs endogènes : pistes pour une recherche, Dakar, Éditions du Codesria.
  • Hountondji, Paulin J., 1997 : Combat pour le sens ; un itinéraire africain, Cotonou, Éditions du Flamboyant.
  • Hountondji J. Paulin, 1997 : « La science dans les pays pauvres », Quest (Groningen), vol. X, No 2 (pages 37–64).
  • Hountondji, Paulin J. (éditeur), 1997: Endogenous Knowledge: research trails, Dakar, Éditions du Codesria.
  • Hountondji, Paulin J. (éditeur), 2000 : Économie et société au Bénin, Paris, Éditions L’Harmattan.
  • Hountondji J. Paulin, 2000 : « construire l’autosuffisance, l’économie béninoise d’hier à demain », chapitre 5 in Hountondji J. Paulin (éditeur), 2000 (pages 181-253).
  • Hountondji, Paulin J., 2002: The struggle for meaning,: Reflections on Philosophy, Culture and Democracy in Africa, Athens, Ohio University Press.

 Ptahhotep (« celui qui apaise (Hotep) le dieu Ptah »)

Il était une sorte de maire et de vizir à la cour du Pharaon  Djédkarê Isesi, de la cinquième dynastie (2500 av. J.-C.). Son enseignement est à la fois un modèle remarquable de recherche de perfection morale et de recherche rhétorique. Ptahhotep va dans trente-six maximes, faire œuvre de jurisprudence, pour voir dans divers cas de figures, ce que doit faire un juge face aux divers problèmes qu’il peut rencontrer dans l’exercice de ses fonctions. Il aborde également la notion de l’écoute comme idéal du sage et fondement de la fonction même du juge.

Kwame NKRUMAH (1909-1972)

Kwame Nkrumah est d’origine ghanéenne. Né à Nkroful en 1909 et mort à Bucarest en 1972. Il a fait ses études à Londres et aux Etats-Unis. C’est aux Etats-Unis qu’il entre en contact avec les milieux révolutionnaires noirs américains, spécialement ceux de l’université de Lincoln dans laquelle il a fait ses propres études. De là, il a acquis l’idée que la liberté est la valeur suprême que les Noirs d’Afrique doivent réaliser. C’est pourquoi il participe à plusieurs Congrès organisés par des Noirs et qui visent à rendre réelle cette idée de liberté qu’ils se sont formée. Déjà, on le voit en 1945 à Londres au cinquième Congrès panafricain où il assume le rôle de secrétaire. Rentré dans son pays, la Gold Coast en 1947, Kwame Nkrumah commence dès 1948 une lutte politique qui mènera son pays à l’indépendance en 1957. Il devient le premier président du Ghana. Il a joué un rôle très important dans la création de l’OUA. Il est renversé par l’armée le 25 février 1966 alors qu’il était en visite officielle à Pékin et à Hanoi (Vietnam).

Comme publication : Towards Colonial Freedom (1946) ; L’Afrique doit s’unir ; Le consciencisme (1964) ; Le consciencisme ; L’Afrique doit s’unir.

Penseur du panafricanisme, sa devise qui exprime cette passion de Nkrumah est « Africa must unite » et cette unité impérative ne peut se réaliser que par une doctrine théorique universelle en Afrique, une doctrine d’application universelle. Et c’est à la philosophie qu’il demande de réaliser cette tâche de mettre sur pied cette doctrine qui se réalisera dans l’avènement des Etats-Unis d’Afrique.

  • Sciences (En cours)

 

  • Culture & religions

 

Edward W. BLYDEN (1832-1912)

Né le 3 août 1832 à Saint Thomas, une île des Antilles danoises, Edward W. Blyden est envoyé en 1850 aux Etats-Unis pour y poursuivre ses études, mais aucun établissement ne veut l’accueillir. Grâce à la « New York Colonisation Society », il émigre au Libéria. Il y entre à la Presbyterian High School de Monrovia. En 1858, il est ministre du culte presbytérien. En 1862, il commence son enseignement au Liberia College dont il devient président de 1880 à 1883. Il entreprend aussi des voyages qui le conduisent en Egypte, au Moyen Orient ; et après un exil à Freetown (Sierra Leonne), Edward W. Blyden devient ministre plénipotentiaire à la Cour Saint James de 1877 à 1878. Plusieurs fois candidat aux élections présidentielles du Libéria, il ne parvint jamais à se faire élire. Il se retire des affaires publiques en 1909 et meurt en 1912.

Son œuvre est abondante et porte essentiellement sur la race africaine.

  • Les nègres dans l’histoire ancienne
  • L’Afrique et les Africains
  • La race africaine
  • L’influence néfaste des religions chrétiennes sur l’Africain

Les œuvres les plus importantes pour sa lutte de libération sont :

  • A vindication of the African Race (une justification de la race africaine), en 1857 ;
  • Christianity, Islam and the Negro Race (Christianisme, Islam et la race africaine), publié en 1887.

 Franz Crahay

Philosophe belge, il est né en 1923 et est mort en 1988. Docteur en philosophie, il a particulièrement exploré les domaines de l’histoire de la philosophie, de l’épistémologie et de la logique. Il a soutenu sa thèse sur « Le problème de la vérité ». Crahay est intimement lié au débat sur la philosophie africaine, du fait qu’il a activement prit part à la controverse née à la suite de la publication par Placide Tempels de la Philosophie bantoue.

Crahay est bien connu pour la critique qu’il fit à Tempels lors d’une conférence qu’il donna à Kinshasa en 1963 (voir « Le décollage conceptuel, conditions d’une philosophie bantu », Dogène, 1965, n° 52). Pour lui, jusqu’en 1963, il n’existait pas encore de philosophie africaine au sens de « philosophie », puisque pour lui, ce qui sera désigné par « ethnophilosophie » confond vécu et le réflexif pour en faire de la philosophie.

Publications

  • Le Formalisme logico-mathématique et le problème du non-sens, Paris, Les Belles-Lettres, 1957.
  • « L’argument ontologique chez Descartes et Leibniz et la critique kantienne », Revue philosophique de Louvain, 1949, vol. 47, 16, p. 458-468.
  • « A propos d’une réduction fallacieuse des notions d’existence et de vérité », Actes du XIe Congrès international de philosophie, Amsterdam, North-Holland Publishing & Louvain, Nauwelaerts, 1953, p. 156-1595.
  • « Le décollage conceptuel : conditions d’une philosophie bantoue », Diogène, 1965, 52, p. 61-84.
  • « Perspective(s) sur les philosophies de la Renaissance », Revue philosophique de Louvain, 1974, vol. 72, 16, p. 655-677.
  • « Idéologie et terrorisme intellectuel », Réseaux, 1976, 28-29, p. 87-105.
  • « La pratique du soupçon chez Marx et chez Nietzsche », Cahiers internationaux de symbolisme, 1985, 51-52-53, Philosophie et soupçon, p. 9-29.

Placide Tempels

Il est né à Berlaar en Belgique, dans la province d’Anvers le 18 février 1906 de parents limbourgeois. Prêtre franciscain en 1930, il arrive au Congo Belge le 3 novembre 1933. C’est pendant qu’il était prêtre itinérant qu’il publia La philosophie bantu. Il quitte définitivement le Congo et l’Afrique le 2 avril 1962 suite à sa santé déclinante. Il est mort à Hasselt le 9 octobre 1977.

Vincent MULAGO gwa Cikala Musharhamina (1924-2013), Il était Prêtre séculier de la République Démocratique du Congo.

Ses recherches bien que théologien, ont contribué au débat philosophique en partant de Tempels qu’il se propose de dépasser, ceci à traves la notion de l’union vitale qu’il développe à côté d’une définition de l’être non pas nécessairement en rapport avec la force. Il a publié comme ouvrge Un visage africain du christianisme : L’union vitale bantu face à l’unité vitale ecclésiale (Paris : Présence Africaine, 1965). Il a été directeur du Centre d’Etudes des Religions Africaines (C.E.R.A) et doyen à des Facultés Catholiques de Kinshasa.

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Commentaires

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    Nongbé Stéphane 11 mois

    Cheikh Anta Diop a dit :  » À connaissance égale la vérité triomphe  » C’est donc un pas décisif que vous nous faites faire par l’exposition de l’intelligentsia africaine au monde entier. Vous liez de la sorte  » le vrai bois au bois  » notre victoire est en chemin bonne continuation donc.

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      Cher ami Stéphane, merci pour cette contribution qui nous encourage et qui est le signe que le petit geste qui peut être posé doit continuer d’être un appel à travailler pour notre chère Afrique. Pour revenir à Cheikh Anta Diop, son appel à l’Université de Niamey en mai 1984 reste sans appel: « A formation égale, la vérité triomphe. Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents » (« l’apport de l’Afrique à la civilisation »).

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